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Publication de l’avis 2014 du CIEM sur l’état des stocks de bars

 

L’avis 2014 du CIEM

Cette année, le CIEM délivre un avis pour trois zones, au lieu de deux en 2013 :

  • - Le golfe de Gascogne : zones CIEM VIII a et b

  • - La « Zone Nord » : les zones CIEM « IVbc, VIIa, et VIId–h » correspondant à la « Mer Celtique, la Mer d’Irlande, la Manche et la Mer du Nord »

  • - Et nouveauté de cette année : un avis spécifique aux zones VIIIc et IXa : côtes atlantiques d’Espagne et du Portugal.

Zones utilisées par le CIEM pour l’évaluation du bar en 2014

 

L’état des lieux en matière de connaissance scientifique

Encore cette année, un véritable fossé en matière d’avis scientifique sépare la zone « Nord » des eaux situées au sud du 48ème parallèle.

Dans le Golfe de Gascogne et les eaux ibériques,  aucune nouvelle donnée permettant d’améliorer l’évaluation scientifique n’a été apportée. Le CIEM conclut dans son rapport que les données à sa disposition ne lui permettent pas d’évaluer correctement le stock.

Dans la zone « Nord », le CIEM note qu’un changement important a eu lieu concernant la qualité de l’évaluation scientifique. Un progrès notable semble avoir été fait dans la mesure où le CIEM considère que les données fournies permettent de fournir une évaluation quantitative, même si des améliorations sont toujours requises.  Les progrès réalisées sont les suivants :

  1. Passage d’un avis scientifique dit « à données limitées », basé sur des tendances, à un avis quantitatif dit « analytique », plus robuste.

  2. L’avis délivré en 2014 permet de délivrer des estimations de la mortalité par pêche, de la biomasse et des points de références biologiques.

  3. Prise en compte de la pêche de loisir, avec une estimation des captures de 2012. Cette estimation évalue la part de la pêche de loisir à 30% des captures totales. 

Les limites de l’évaluation scientifique actuelle

Malgré cette amélioration de l’évaluation, le CIEM met en avant les nombreuses incertitudes qui continuent d’exister :

  1. Il est toujours impossible de quantifier précisément les captures, notamment les rejets et les prises de la pêche de loisir. Il faudrait, entre autres, évaluer la variabilité des captures de la pêche de loisir dans le temps, ce qui nécessite des données sur le long terme !

  2. Toutes les flottilles de pêche professionnelle ne présentent pas la même qualité de données. Ainsi, le CIEM note que les captures des bateaux de moins de 10 m sont certainement sous-évaluées.

  3. Le manque de connaissances sur la délimitation des stocks est toujours problématique, à la fois pour la recherche halieutique et pour la mise en place (future) de mesures de gestion. Aucune nouvelle donnée ne permet de savoir si la population de bars dans la zone « Nord » est distincte des autres zones CIEM : VIIj (sud-ouest de l’Irlande) et VIII (Golfe de Gascogne).

  4. Des résultats sur le taux de survie des bars rejetés par la plaisance et par les professionnels sont nécessaires.

NB : Le réchauffement des eaux de ces dernières décennies pourrait être responsable d’une modification de l’aire de répartition du bar, qui migrerait vers le nord.

Les données des captures de bars

Historique des données CIEM des débarquements de bars dans les zones VIII a et b (Golfe de Gascogne). En rouge, les limites de captures recommandées par le CIEM.

L’ensemble des captures 2013 de la zone « Nord », pros et loisir, est estimé à 4 132 T, pour la France et le Royaume-Uni. Ce qui dépasse de beaucoup le niveau estimé comme durable, le Fmsy, évalué pour 2014 à 1 155 T.

Les quantités capturées par la pêche de loisir ne sont toujours pas connues précisément mais sont supposées être « substantielles ». Le CIEM cite un ordre de grandeur pour la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Belgique de 1 500 T dans les dernières années.

Historique des données CIEM des débarquements de bars dans la zone « Nord ». En rouge, les limites de captures recommandées par le CIEM.

Répartition des captures professionnelles 2013 pour la zone « Nord » par engin pour la France et le Royaume-Uni (source : CIEM)

 

A savoir : L’interdiction de la pêche professionnelle du bar en Irlande a quelques effets indésirables. En effet, les bateaux qui en capturent sont contraints de les rejeter, à priori morts.

L’état de santé des différents stocks de bars

Aucune évaluation n’est possible pour les zones situées au sud du 48ème parallèle.

Pour la zone « Nord », Le CIEM confirme la situation catastrophique du bar :

  1. Le recrutement est en forte baisse depuis le milieu des années 2000
  2. La combinaison de l’accroissement important des captures et d’un très faible recrutement entraine un déclin rapide de la population !

A noter : Contrairement à l’avis de 2013 : les rejets sont une problématique majeure. Par exemple, les chaluts opérant dans les zones de concentrations de juvéniles, dans les zones côtières en Manche Est.

Tableaux présentant l’évolution de la biomasse et des captures pour la zone « Nord » (source : CIEM)

 

Les recommandations du CIEM pour 2015

Pour le Golfe de Gascogne et les eaux ibériques, l’avis du CIEM est le même que celui de 2013, c’est-à-dire l’application d’une approche de précaution, qui se traduit par une baisse de 20% des captures par rapport aux 3 dernières années, soit 1 890 Tonnes dans le Golfe de Gascogne et 598 Tonnes dans les eaux ibériques.

Pour la zone « Nord », le CIEM alerte sur l’urgence de la mise en place d’un plan de gestion afin de réduire fortement la mortalité par pêche. Le CIEM émet également les avis suivants :

  1. A long terme : la gestion devrait intégrer des critères socio-économiques des pêcheries récréatives et professionnelles

  2. Le plan de gestion du bar devrait intégrer des mesures de sélectivité pour permettre aux bars de se reproduire au moins une fois => taille de capture supérieure à la taille de première maturité sexuelle.

  3. La recommandation du CIEM en terme de limite de captures se base sur le Rendement Maximum Durable, conforme à l’objectif européen de la Politique Commune des Pêches. La limite de captures pour les pêcheries professionnelles et récréatives confondues se situerait donc à 1 155 T pour l’année 2015, soit près de 3 000 T de moins que le tonnage de l’année 2013.

 

En conclusion

La version 2014 de l’avis du CIEM sur les stocks de bars confirme la tendance très négative de leurs populations. Dans la zone « Nord », la recommandation sur la limite de capture pour 2015 semble complétement impossible à mettre en oeuvre. Il s’agit d’une réduction de près de 75% des captures. Qui parmi les pêcheurs de loisir, les chalutiers de fond, les chalutiers pélagiques, les fileyeurs, les ligneurs, sera prêt à ne pêcher plus qu’un poisson, au lieu de quatre l’an passé ?

Par ailleurs, on ne peut que déplorer la dramatique situation en terme de connaissances scientifiques sur les zones situées au sud du 48ème parallèle. Sans évaluation scientifique, comment savoir si les stocks de bars du « sud » ne prennent pas la même direction que leurs cousins du « nord » ?